Les espadrilles blanches de mon moine bouddhiste

Ou pourquoi le monde est rempli de cordonniers mal chaussés

Il y a plusieurs années, en quête d’un peu de paix intérieure, j’avais décidé d’assister à des sessions de méditation offertes par un authentique moine bouddhiste. Il débarquait dans la petite salle communautaire de mon quartier, dans sa robe orange brulé, des espadrilles blanches immaculées au pied, le crâne rasé et le sourire aux lèvres. Il s’installait sur un petit podium, retirait ses chaussures, croisait les jambes. Nous étions une quinzaine à le regarder, intimidés. Après deux minutes de silence, il commençait une méditation, à travers laquelle il nous guidait de sa voix tranquille.

C’est au cours de ces séances que j’ai appris mon premier mantra, une série de trois affirmations à la base de la croyance bouddhiste :

  1. Je cultive un esprit paisible.
  2. Je cultive l’amour de tous les êtres vivants.
  3. Je cultive la compassion pour tous les êtres vivants.

Aborder ce mantra en méditation est extrêmement puissant. On finit par développer une plus grande sérénité face aux perturbations dans notre quotidien. Et on a envie d’incarner cet amour et cette compassion pour tous.

Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé

Mais voilà, il manquait une petite précision, un détail en apparence anodin, et qui doit absolument être mis en pratique si on veut réellement appliquer l’amour et la compassion dans sa vie de tous les jours. En effet, il ne peut y avoir d’amour et de compassion pour tous les êtres vivants que si l’on s’aime autant et si l’on exerce sur soi-même la même bienveillance. Autrement dit, penser que les autres importent davantage, s’oublier et les faire passer avant soit, c’est contredire le mantra.

Certains d’entre vous ne souffrez pas de cette prédisposition. Au contraire, vous avez très bien su cultiver l’amour de soi. Mais pour d’autres, comme moi, c’est un méchant défi. Bien sûr, j’avais compris l’idée. J’étais en mesure de l’expliquer et de la proposer à qui voulait l’entendre. Mais ce n’est que l’an passé, c’est-à-dire près de dix ans plus tard, que j’ai commencé à appliquer le concept. J’étais véritablement une cordonnière mal chaussée ! Pendant que je m’acharnais à réparer les souliers des autres et à les faire briller, les miens étaient usés et ne payaient pas de mine. C’est que ce n’est pas si facile de faire taire la petite voix intérieure qui dit qu’on n’en vaut pas vraiment la peine.

Qui veut aller loin médite sur ses chaussures

Ce que j’ai compris des explications du moine, c’est que nous sommes sur Terre pour créer du bon autour de soi. Et pour être en mesure de le faire longtemps et efficacement, il faut posséder de bonnes chaussures, solides et bien entretenues. La santé de son corps et de son esprit ne devrait pas passer après celle des autres. La prochaine fois que vous aurez le réflexe de nier votre droit à votre amour et à votre compassion — arrêtez-vous et pensez aux espadrilles blanches de mon moine. Parce que le cordonnier aussi mérite des chaussures bien astiquées.

 

Pour du coaching personnalisé, consultez Brigitte Ouimet à Coaching B.